mardi , 24 octobre 2017

Réformer l’islam est une nécessité

Comment réformer l’isimam1lam de France ?

 Il faut une théologie de la sécularisation, un droit canon musulman adapté à la laïcité française. C’est un travail fondamental qui doit être fait. C’est un impératif, sinon il n’y a pas d’avenir de l’islam en Occident, c’est une nécessité. Il faut des institutions religieuses musulmanes capables d’intégrer la diversité ethnique, culturelle, religieuse des communautés. On n’a pas encore l’expérience du pluralisme dans une laïcité qui, pour beaucoup de musulmans, est une nouveauté dans la manière de pratiquer leur religion.

Vous dites qu’on demande à l’islam de faire en trente ans ce que l’Église catholique a fait en plusieurs siècles. L’État doit-il aider les musulmans ou doivent-ils se prendre en charge eux-mêmes ?

La laïcité protège l’État de la loi religieuse, et elle protège la religion de l’ingérence politique. Ce n’est pas aux politiques de nous dire la théologie, qui est modérée ou non. Ce qui incombe aux politiques et à l’autorité publique, c’est de garantir l’ordre public. Toute pratique qui ne trouble pas l’ordre public, qui ne crée pas de division, qui n’est pas condamnée par le droit, doit pouvoir s’exprimer. On peut être en désaccord total avec un mode alimentaire, vestimentaire, la manière de vivre sa foi, etc. Mais c’est ça la grandeur de la laïcité : elle transcende ces clivages. L’État n’a pas à s’ingérer dans les affaires internes d’une religion en demandant à ce que les musulmans relisent leur livre. Par contre, il doit aider les religions et les individus à s’organiser et peut pour cela changer les lois.

Êtes-vous alors favorable à une réforme de la loi de séparation des Églises et de l’État, ou à un «concordat temporaire» avec l’islam pour un financement public des mosquées comme certains l’ont proposé ?

C’est une solution à ne pas exclure. Le politique est dans son rôle, c’est un législateur. Il peut donc modifier la loi s’il le faut pour accompagner l’intégration de l’islam. Concordat, aménagement de la loi de 1905, etc. Cela doit passer par un débat public car cela concerne tous les citoyens.

Ce débat permettrait-il selon vous de montrer que l’islam est compatible avec la République, ce que contestent certains politiques ?

Bien sûr. L’islam est une religion, ce n’est pas un système politique. L’islam se vit en Inde, au Pakistan, en Amérique. Il est partout et s’adapte aux cultures comme le fait le catholicisme. Pourquoi cette adaptation s’arrêterait-elle en France ? Les musulmans de France ne demandent pas de droits particuliers ; ils n’ont pas de revendications particulières ; ne demandent pas de code pénal particulier. On n’a jamais entendu cela.

Comprenez-vous que le financement étranger de mosquées inquiète ?

C’est un faux problème. Dans les faits, les grandes mosquées subventionnées par de grands États étrangers sont classées parmi les mosquées modérées. Aucun État étranger – le Maroc, l’Algérie, l’Arabie saoudite, le Qatar – n’a intérêt à subventionner une mosquée intégriste qui appellerait au non-respect de la République. Au contraire ce sont les petites mosquées des caves, parfois données par des maires pour acheter le calme, qui sont tenues par des radicaux complètement à côté de leurs babouches. Ce qui importe c’est le discours, l’enseignement et les pratiques. Si des paroles sont homophobes, appellent à la violence, etc. elles tombent sous le coup de la loi.

Êtes-vous optimiste pour l’avenir ?

99,99 % des musulmans aspirent à une vie paisible. On est otage d’une minorité agissante qui ne représente pas la majorité des musulmans et en donne une mauvaise image. Je reste optimiste car la France est une grande nation. Les valeurs de la République sont d’une force que ces attentats ne peuvent pas perturber.

Source: http://www.ladepeche.fr/article/2016/08/03/2395251-reformer-l-islam-est-une-necessite.html
Date de parution de l’article original: 03/08/2016